Exercices pour reconnaître les rôles dans les jeux de pouvoir.

1 – Les 3 rôles du triangle de Karpman

Le triangle de Karpman, aussi appelé triangle dramatique est une schématisation des jeux de pouvoir entre les gens représentés par trois rôles : la victime, le persécuteur et le sauveur.

Le tableau ci-dessous, regroupe les différentes caractéristiques de ces 3 rôles :

Victime

Description :

• Soumis / rebelle
• Malchanceux, se plaint
• Appelle aux secours

Gain : obtenir de l’attention, se sentir important face à un persécuteur, se sentir aimé face à un sauveur

Motivations :

• Manque de confiance en soi
• Peur de s’affirmer
• Permet d’obtenir de l’attention, trouver quelqu’un pour faire à sa place

Persécuteur

Description :

• Agressif
• Au-dessus de la mêlée
• Celui qui fait des promesses

Gain : avoir raison

Motivations :

• Cacher sa vulnérabilité
• Partager ses frustrations
• Le pouvoir par la force

Sauveur

Description :

• Prescripteur
• Interventionniste
• Pas de vague

Gain : avoir de la reconnaissance (en sauvant)

Motivations :

• Empêcher les injustices
• Préserver l’harmonie
• Ne pas se sentir coupable de rien faire
• Avoir de la reconnaissance

2 – Repérer les différents rôles

J’ai créé cet exercice afin de m’exercer moi-même à reconnaître les différentes situations. Comment ça marche ?

  1. Commencez par lire une des phrases ci-dessous.
  2. Prenez le temps qu’il vous faut pour décrypter le(s) rôles en jeu. S’agit-il d’un rôle de victime, de sauveur, de persécuteur ?
  3. Pour vérifier : cliquez sur la phrase, la réponse apparaîtra dessous.

Bon exercice !

> Une victime qui lèse son persécuteur ou sauveteur

> Une victime qui défie son persécuteur ou sauveur potentiel

> Une victime devant son persécuteur

> Une victime devant son persécuteur

> Un persécuteur devant son persécuteur

> Persécuteur (reproche aux autres de ne rien faire) qui se cache en victime (par ce que c’est lui qui souffre de travailler)

> Une potentielle victime défiant son potentiel persécuteur

> Persécuteur (à cause de toi) déguisé en victime (ma vie est gachée)

> Victime

> Persécuteur (c’est à cause des autres, ils sont nuls)

> Un sauveur (sous entend qu’il aidait avant) qui passe en persécuteur

> Sauveur (c’est le cliché du sauveur, il occulte ses besoins pour s’occuper de ceux des autres)

> Une victime

> Une victime qui appelle un sauveur

> Un sauveur

> Un persécuteur. Cela implique que les autres sont moins bons.

> Une victime devant son persécuteur

> Une victime et son persécuteur

> Une victime et son sauveur

> Une victime

> Persécuteur qui se prend pour une victime

> Persécuteur face à sa victime

> Un persécuteur face à sa victime

> Persécuteur face à d’autres persécuteurs

> Persécuteur avec sa victime

> Persécuteur (tu es nul tu n’arrives pas à savoir ce que je veux)

> Victime (ne s’assume pas, ne sait pas dire non clairement)

> Persécuteur qui se victimise

> Victime (Mes problèmes) qui passe en persécuteur (sont plus grand que les vôtres = vous ne valez rien)

Après avoir réalisé cet exercice plusieurs fois, j’ai commencé à remarquer ces rôles en action dans mon entourage, au travail, dans la rue, au supermarché, en politique et aussi dans les films et dessins animés. Lorsqu’on observe ces rôles en action, on comprend qu’ils bougent et ne sont pas fixe ! Ce qui amène la troisième partie.

3 – La dynamique du triangle dramatique

En observant les situations, on remarque qu’une victime peut passer en persécuteur, puis en sauveur etc. Ce qui est redoutable, c’est que chaque changement de rôle, retournement de situation est vécu comme un drame (d’ou le nom du triangle dramatique).

Les rôles peuvent tourner très vite : d’une phrase à l’autre par exemple, ou bien mettre des années à tourner.

J’ai remarqué aussi que les rôles ne sont pas toujours joués par une personne : il peut y avoir des groupes par exemple (nous pouvons faire un rapide parallèle avec le mouvement Black Lives Matter, sans entrer dans les détails qui se positionne en victime) ou encore des institutions (l’état par exemple)

Il y a des répercussions négatives pour chacun des acteurs : l’énergie (le temps, la ressource mentale) utilisée dans ces jeux n’est plus utilisée à travailler, à accomplir des choses ou encore à s’élever.

4 – Pour aller plus loin : observez vos propres comportements et réactions

Remémorez-vous une situation qui a été désagréable pour vous avec une personne. Quelles étaient les revendications, répliques, arguments qui vous restent en tête ?
Prenez quelque chose de minime émotionnellement pour commencer.

Je vous invite à matérialiser les protagonistes et discours pour prendre de la distance, pour voir les relations d’un point de vue extérieur.

Personnellement, j’ai utilisé des petits bonshommes bâton dessinés sur du papier. Au dessus de mon bonhomme j’ai fait une bulle pour indiquer le rôle je jouais et disais jouer aux autres. j’ai entouré au dessus des autres les rôles antagonistes par rapport à ma vision. Puis j’ai ajouté les rôles vus et dit par l’autre personne.

Voici un exemple personnel, qui couché sur le papier m’est enfin devenu accessible.
• j’ai été persécuteur (face à une autre personne) : j’ai raison, ça doit être fait comme ça
• me faisais passer pour le sauveur d’un projet (le projet n’avance pas, c’est lui la victime)
• j’accusais cette autre personne d’être le bourreau de ce projet (c’est lui qui empêche le projet d’avancer)

Croquis avec des bonhommes batons pour visualiser le triangle dramatique
Un croquis pour visualiser le triangle dramatique

Et les rôles ont ensuite tourné :
• j’ai été la victime de cette autre personne (persécuteur) que j’accusais de prendre mon énergie et mon temps pour gérer ces difficultés
• l’autre personne a endossé le rôle du sauveur en ne faisant pas de vague

Et puis cela a encore tourné… le jeu peut durer longtemps ainsi !

Le fait d’en prendre conscience me permet de relativiser et apaiser mes tensions. Maintenant, cela me fait souvent sourire dès lors que je remarque ces comportements typiques chez moi, ou chez les autres.

Ci-dessous, vous trouverez un modèle d’exercice pour prendre du recul sur une situation.
Tout d’abord, vous pouvez commencer par nommer les protagonistes en jeux en remplissant la case du “Qui”. Il y en a forcément 3 : cela peut être des personnes, mais il peut aussi s’agir d’organisations, de choses, d’un projet si cela concerne le travail…

Exercice pour observer les différents points de vues du triangle de Karpman

Ensuite, chaque bonhomme a sa petite paire de lunette de couleur qui exprime son point de vue. Commencez par votre point de vue, c’est toujours plus facile : entourez le rôle que vous pensez jouez, et que celui vous attribuez aux autres protagonistes.

Accompagnez le rôle d’une phrase descriptive, pour que le contexte soit bien clair. Pour cela, vous pouvez vous aider de l’exercice précédent qui permet de repérer les différents rôles joués.

Ensuite, faite la même chose pour les deux autres protagonistes. La situation devrait vous paraitre plus claire, même si ce que vous découvrez n’est pas toujours agréable.

5 – Les 4 clés pour sortir du triangle ou ne pas y entrer

Tout d’abord, si je veux que les autres agissent autrement, il faut que je change d’abord mon comportement. C’est à dire qu’il faut que je prenne conscience de ma réaction automatique face à un comportement qui m’agace.

Ce qu’il se passe en mode “automatique”

Si je choisi de réagir autrement à une action d’une personne, je lui propose un autre stimuli, qui lui permettra de faire une action différente.

Si je veux que l’autre personne réagisse autrement, c’est à dire sortir d’un schéma qui tourne en boucle et se répète : je dois changer mon comportement pour lui offrir un autre stimuli, qui provoquera une action différente de sa part.

Ok, c’est bien joli tout ça, mais dans la pratique, si je suis énervée, je n’ai pas du tout envie de dire merci ! Alors, comment je peux changer ma réaction ?

1ère clé pour sortir du triangle :
Prendre conscience du rôle que l’on joue ou que l’on s’apprête à jouer. Lorsque l’on s’observe, on prend de la distance. Il est alors plus facile de réfléchir. On sort du mode “automatique”.

2ème clé pour sortir du triangle :
Selon le rôle que l’on s’apprête à jouer, on peut ne pas répondre tout de suite et se poser ces questions :

→ Lorsque je sens que le rôle de victime m’appelle :

Ne pas dire oui ou non tout de suite. Reformuler d’abord la demande en réfléchissant en même temps si cela me convient ou pas. Si je ne sais pas ou ne comprends pas, demander ce que cela permettrait de faire en faisant ceci. Le pouvoir, c’est la marge de manoeuvre que l’on s’accorde à soi-même.

→ Lorsque je sens que le rôle de sauveur m’appelle :

Je vérifie que je puisse aider réellement, je propose mon aide et ne la donne pas si elle n’est pas demandée. Je ne propose pas d’aide sans contrepartie ou implicite afin de ne pas laisser l’autre avec une dette.

→ Lorsque je sens que le rôle de persécuteur m’appelle :

J’accepte que de négocier, de proposer, challenger plutôt qu’ordonner ou critiquer.

Voici quelques pistes pour changer sa réaction habituelle :

  • Répondre en miroir exactement ce qu’a dit l’autre personne (même ton, même mimique)
  • Faire comme l’autre personne en exagérant
  • Répondre “Oui, tu as raison, je suis vraiment – mot qu’a utilisé l’autre personne, voire exagéré.

Ces trois pistes amènent souvent à l’humour, soit parce que l’autre personne se rend compte de son comportement, soit, soi-même on accepte la critique de l’autre et on prend alors du recul.

On peut aussi répondre de manière à ouvrir un échange pour comprendre le point de vue de l’autre :

  • tu en penses quoi ?
  • Et si on faisait cela qu’est-ce que cela permettrait ?

3ème clé pour sortir du triangle :
L’approche CNV (Communication Non Violente) qui part du principe qu’il y a un besoin non satisfait derrière ces mots.
Si une parole me met mal à l’aise, c’est que cela met en lumière un besoin non satisfait chez moi.

Les gens ne disent que deux choses : MERCI et S’IL TE PLAÎT.

Cet extrait m’a particulièrement frappé :

Pour aller plus loin : la playlist de 16 vidéos extraites du séminaire de Marshall Rosenberg >>> ICI SUR YOUTUBE <<<

4ème clé pour sortir du triangle :
Développée par Karpman, cette clé est de voir le triangle dramatique comme un triangle de compassion, avec les 3 rôles jouées en même temps par la même personne, à des ratios différents.

Le fait de voir les 3 facettes possibles d’une personne permet un grand détachement face à la situation et une meilleure compréhension de ce que peut vivre l’autre personne. Tout n’est jamais tout blanc ou tout noir.

6 – Mon mémo pour résoudre triangle de Karpman

1️⃣ 👀
Je remarque un rôle principal joué dans le triangle de Karpman


📝
Pour changer quelque chose,
il faut d’abord le voir.

2️⃣ 😭 😇 👺
Je trouve quels peuvent être les 2 autres rôles “non visibles”


📝
Je comprends les différents points de vues possibles, ce qui m’amène à comprendre la souffrance de la personne : Je suis en souffrance, j’ai un besoin non satisfait”

3️⃣ 🤝
Est-ce que tu ressens _____ ?
Par-ce que tu as besoin de _____ ?


📝
Le sujet n’est plus de savoir qui a raison ou tord, mais de mettre en lumière les besoins afin de pouvoir les satisfaire.

On passe de la confrontation à la coopération !

Bonne réflexion et analyse !

Estelle

Cet article est ma synthèse de plusieurs documents : le slideshare de SVI CONSULTING, l’article de Luc Taech, l’article de osezvotrepotentiel.com, la vidéo de Dominique Chalvin … eux-mêmes provenant de : L’analyse transactionnelle d’Éric Berne, et du psychologue Stephen Karpman (son livre traduit en français : le triangle dramatique, de la manipulation à la compassion Ed. Dunod mars 2020) > Empruntez-moi ce livre

2 Commentaires à “Exercices pour reconnaître les rôles dans les jeux de pouvoir.”

  1. caroline

    Bonjour Estelle,

    Je viens de lire ton analyse et réflexion sur le triangle de KARPMAN.
    Une seule lecture n’est bien évidemment pas suffisante, et je pense devoir accepter aussi avoir des comportements identiques à ceux que j’identifie chez les autres comme une agression, une radicalité, un esprit non ouvert…..
    Bref, cela a le mérite en tous cas de faire une introspection. Se poser ces questions, c’est déjà un pas vers l’identification de problèmes et l’envie de changer les choses.
    Alors, merci pour toutes ces informations, ton petit schéma que je vais mémoriser (voire l’imprimer) et tenter de mettre en pratique.

    Très beau travail Estelle, et le partager à qui voudra bien s’en intéresser, est génial.

  2. Merci Caroline pour ton retour, c’est top si le schéma peut t’aider 🙂

Laissez un commentaire