Exercices pour reconnaître les rôles dans les jeux de pouvoir.

Cet article présente le triangle de Karpman et propose une série d’exemples afin de s’exercer à reconnaître les différents rôles joués.

Le triangle de Karpman, aussi appelé triangle dramatique est une schématisation des jeux de pouvoir représentés par trois rôles : la victime, le persécuteur et le sauveur.

Une personne va changer de rôle, tout comme on change de chaise au jeu des chaises musicales. Cela peut être un jeu sans fin, avec des répercussions négatives pour chacun des acteurs. L’énergie (le temps, la ressource mentale) utilisée dans ces jeux n’est plus utilisée à travailler, à accomplir des choses ou à s’élever.

Le tableau ci-dessous, regroupe les différentes caractéristiques de chaque rôle.

Victime

Description :

• Soumis / rebelle
• Malchanceux, se plaint
• Appels aux secours

Gain : obtenir de l’attention, se sentir important face à un persécuteur, se sentir aimé face à un sauveur

Motivations :

• Manque de confiance en soi
• Peur de s’affirmer
• Permet d’obtenir de l’attention, trouver quelqu’un pour faire à sa place

Comment en sortir face à une victime :

• Quelle est ta demande ?
• De quoi as-tu besoin ?
• Que peux-tu faire pour agir ?

Comment la victime peut évoluer pour ne plus entrer dans le triangle dramatique :

S’appuyer sur des résultats concrets :
• Affirmer son point de vue
• Savoir demander de l’aide
• Passer en mode action
• Analyser ses craintes (perte, abandon, échouer)

Voici quelques questions à se poser :

« Quels sont mes bénéfices secondaires à me comporter en victime ? »
« Que ferais-je si on ne s’occupait plus de moi ? »
« Quel est le véritable risque de me responsabiliser ? »
« Quels avantages j’aurais à me responsabiliser ? »

Persécuteur

Description :

• Agressif
• Au-dessus de la mêlée
• Celui qui fait des promesses

Gain : avoir raison

Motivations :

• Cacher sa vulnérabilité
• Partager ses frustrations
• Le pouvoir par la force

Comment en sortir face à un persécuteur :

• En faisant cela, qu’est-e que cela permettrait ?
• C’est ton opinion
• Que peux-tu faire de ça ?

Comment le persécuteur peut évoluer pour ne plus entrer dans le triangle dramatique :

Trouver des normes utiles :
• Passer de imposer à donner son avis
• Accepter que l’autre ait un avis différent / accepter de négocier
• Oser se dévoiler, exprimer ses frustrations, désirs, faiblesses

Voici quelques questions à se poser :

« Quels sont mes bénéfices secondaires à me comporter en persécuteur ? »
« Que réveillent en moi les reproches que je fais aux autres ? »
« Qu’est-ce que je n’ai pas (encore) solutionné dans ma vie ? »
« Qu’est-ce que je m’interdis ? »
« En quoi est-ce important pour moi d’être parfait(e) ? »
« La perfection existe-t-elle et à quel prix ? »
« Que se passerait-il si je n’étais pas parfait(e) ? »

Sauveur

Description :

• Prescripteur
• Interventionniste
• Pas de vague

Gain : avoir de la reconnaissance (en sauvant)

Motivations :

• Empêcher les injustices
• Préserver l’harmonie
• Ne pas se sentir coupable de rien faire
• Avoir de la reconnaissance

Comment en sortir face à un sauveur :

Merci de ton aide
• Tu peux m’aider sur ça
• Je n’ai pas besoin de toi

Comment le sauveur peut évoluer pour ne plus entrer dans le triangle dramatique :

Donner de l’aide efficace, cibler là où il faut donner de l’aide :
• Se frustrer d’aider les autres pour que l’autre découvre ses ressources
• Passer de s’inquiéter pour les autres à “proposer son aide” et attendre la demande
• Humilité, accepter de vivre l’impuissance, la perte d’harmonie momentanée

Voici quelques questions à se poser :

« Quels sont mes bénéfices secondaires à me comporter en sauveur ? »
« Est-ce que je réponds à une demande claire de la part de la personne en difficulté ? »
« Ai-je la compétence pour l’aider ? »
« Ai-je véritablement envie de l’aider ? »
« En quoi est-ce si important pour moi de vouloir à tout prix aider l’autre ? »
« Que se passerait-il si je ne le faisais pas ? »
« Qu’est-ce qui me fait peur et que je cherche à sauver en moi pour vouloir absolument m’occuper des autres ?
« Existerait-il un autre moyen pour nourrir mon ego ? »

Ce contenu est ma synthèse de plusieurs documents : le slideshare de SVI CONSULTING, l’article de Luc Taech, l’article de osezvotrepotentiel.com, la vidéo de Dominique Chalvin eux-mêmes provenant de l’analyse transactionnelle d’Éric Berne et du psychologue Stephan Karpman.

1ère étape : repérer les situations, les mots qui enclenchent ces modes de fonctionnement.

J’ai créé cet article afin de m’exercer moi-même à reconnaître les différentes situations. Comment ça marche ?

  1. Lisez la phrase
  2. Prenez le temps qu’il vous faut pour décrypter les rôles en jeu : Victime, Sauveur, Persécuteur
  3. Cliquez sur la phrase afin de dévoiler la réponse.

Bon exercice !

> Une victime qui lèse son persécuteur ou sauveteur

> Une victime qui défie son persécuteur ou sauveur potentiel

> Une victime devant son persécuteur

> Une victime devant son persécuteur

> Un persécuteur devant son persécuteur

> Une victime attendant son sauveur

> Persécuteur (reproche aux autres de ne rien faire) qui se cache en victime (par ce que c’est lui qui souffre de travailler)

> Une potentielle victime défiant son potentiel persécuteur

> Une victime

> Persécuteur (à cause de toi) déguisé en victime (ma vie est gachée)

> Victime

> Persécuteur (c’est à cause des autres, ils sont nuls)

> Sauveur qui passe en persécuteur

> Sauveur (c’est le cliché du sauveur, il occulte ses besoins pour s’occuper de ceux des autres)

> Une victime

> Une victime qui appelle un sauveur

> Un sauveur

> Une victime

> Persécuteur

Sauveur appelant sa victime

> Un persécuteur

> Une victime devant son persécuteur

> Une victime et son persécuteur

> Une victime et son sauveur

> Une victime

> Persécuteur (C’est moi qui ai raison)

> Persécuteur qui se fait passer pour un sauveur

> Persécuteur

> Persécuteur qui se prend pour une victime

> Persécuteur face à sa victime

> Persécuteur

> Persécuteur face à d’autres persécuteurs

> Persécuteur avec sa victime

> Persécuteur (tu es nul tu n’arrives pas à savoir ce que je veux)

> Victime (ne s’assume pas, ne sait pas dire non clairement)

> Persécuteur (Les autres sont nuls)

> Persécuteur qui se victimise

> Victime (Mes problèmes) qui passe en persécuteur (sont plus grand que les vôtres = vous ne valez rien)

> Persécuteur

2ème étape : Repérer ses propres comportements

Remémorez-vous une situation qui a été désagréable pour vous avec une personne, quelles étaient les revendications, répliques, arguments qui vous restent en tête ?

Je vous invite à matérialiser les protagonistes et discours pour prendre de la distance, pour voir les relations d’un point de vue extérieur.

Personnellement, j’ai utilisé des petits bonshommes bâton avec les initiales des rôles, dessinés sur du papier.

Voici un exemple personnel, qui couché sur le papier m’est enfin devenu accessible.
• j’ai été persécuteur (face à une autre personne) : j’ai raison, ça doit être fait comme ça
• me faisais passer pour le sauveur d’un projet (le projet n’avance pas, c’est lui la victime)
• j’accusais cette autre personne d’être le bourreau de ce projet (c’est lui qui empêche le projet d’avancer)

Croquis avec des bonhommes batons pour visualiser le triangle dramatique
Un croquis pour visualiser le triangle dramatique

Et les rôles ont ensuite tourné :
• j’ai été la victime de cette autre personne (persécuteur) que j’accusais de prendre mon énergie et mon temps pour gérer ces difficultés
• l’autre personne a endossé le rôle du sauveur en ne faisant pas de vague

Et puis cela a encore tourné… le jeu peut durer longtemps ainsi !

Le fait d’en prendre conscience me permet de relativiser et apaiser mes tensions. Maintenant, cela me fait souvent sourire dès lors que je remarque ces comportements typiques chez moi, ou chez les autres.

3ème étape : Sortir du triangle dramatique, ne pas y entrer

Il me reste à m’entraîner à répondre autrement lorsque je constate des moments inconfortables.

→ Lorsque je sens que le rôle de victime m’appelle :

Ne pas dire oui ou non tout de suite. Reformuler d’abord la demande en réfléchissant en même temps si cela me convient ou pas. Si je ne sais pas ou ne comprends pas, demander ce que cela permettrait de faire en faisant ceci. Le pouvoir, c’est la marge de manoeuvre que l’on s’accorde à soi-même.

→ Lorsque je sens que le rôle de sauveur m’appelle :

Je vérifie que je puisse aider réellement, je propose mon aide et ne la donne pas si elle n’est pas demandée. Je ne propose pas d’aide sans contrepartie ou implicite afin de ne pas laisser l’autre avec une dette.

→ Lorsque je sens que le rôle de persécuteur m’appelle :

J’accepte que de négocier, de proposer, challenger plutôt qu’ordonner ou critiquer.

Une clé complémentaire qui m’aide à réagir autrement est l’approche CNV (Communication Non Violente) qui part du principe qu’il y a un besoin non satisfait derrière ces mots.
Si une parole me met mal à l’aise, c’est que cela met en lumière un besoin non satisfait chez moi.

Cet extrait m’a particulièrement frappé :

Pour aller plus loin : la playlist de 16 vidéos extraites du séminaire de Marshall Rosenberg >>> ICI SUR YOUTUBE <<<

Bonne réflexion et analyse !

Estelle

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